Prenez des silhouettes s’enfuyant sur un chemin de halage, la grande horloge qui fait vibrer les murs, un bistro où des consommateurs qui ne sourient jamais chuchotent dans un rideau de fumée, des inconnus foulant au loin les pavés mouillés, des rues éclairées par une lumière vacillante en clair-obscur, l’enfer de la monotonie conjugale devinée derrière les rideaux des fenêtres, une ville qui étouffe sous ses rancoeurs et ses secrets, des ombres déambulant dans la brume, des détails saisis dans le moindre de leurs frémissements, des antihéros résignés lisant sous la lampe, un héros présenté avec une sobriété qui confine selon le voeu du réalisateur à “une simplicité puritaine“, des hommes sans qualité et des humbles sans perspective, la banalité du quotidien dans son absolue dépouillement, glissez une discrète mélodie à peine effleurée sur les touches d’un accordéon, développez l’action avec une lenteur étudiée au mépris de tout effet d’ennui, enveloppez le tout dans un brouillard bien épais et vous obtiendrez la transposition cinématographique de la (trop) fameuse atmosphère made in Simenon accomplie par le hongrois Béla Tarr.