
ls sont rares, les films qui tirent jusqu'au bout
le fil d'une intrigue imprévisible. Le premier long métrage d'Ursula
Meier, ancienne assistante d'Alain Tanner, est à la fois dramatique et
burlesque, satirique et fantastique. Cette fable baigne dans une
esthétique hyperréaliste qui rappelle les publicités américaines à la
gloire de l'électroménager.
La première partie, la plus réussie, dépeint l'étrange paradis d'un couple installé avec ses deux filles et son fils dans une bicoque en rase campagne, au bord d'une autoroute inachevée.
Un jazz Nouvelle-Orléans accompagne les récréations de ce clan euphorique : partie de hockey nocturne sur le bitume, jeux en salle de bains avec jets d'eau. Papa (Olivier Gourmet) s'acquitte des courses et des travaux, maman (Isabelle Huppert) de la cuisine et de la lessive - "J'vais faire du blanc !"
On observe ces gens avec curiosité et amusement : tout en poursuivant une vie sociale normale (papa travaille, les mômes vont à l'école), ils se sont imposé d'étranges contraintes afin de préserver leur intimité. Les difficultés s'accumulent lorsque les travaux publics viennent goudronner la chaussée qui leur servait de terrasse, déblayer leurs barbecue, transat et piscine gonflable, poser des rails de sécurité afin d'ouvrir un nouveau tronçon de voie rapide. Leur espace se réduit, les voilà parqués derrière une barrière.