Comédien – on l’a souvent vu dans le théâtre de Joël Pommerat par exemple –, Pierre-Yves Chapalain est également metteur en scène et auteur. C’est de ces deux dernières qualités que je veux parler ici. Chapalain en effet présente jusqu’à la fin de la semaine (9 novembre) au Théâtre de La Tempête, à la Cartoucherie (Paris, XIIe) une mise en scène de sa dernière pièce, La Lettre. Nous, je veux dire le public, sommes plongés dans un clair-obscur qui sera la couleur dominante du spectacle jusqu’à la fin, quelque chose de comparable aux grisailles en peinture. Sur le sol, du béton, avec ici et là des flaques d’eau, des chaises dispersées, quelques ouvertures – plutôt que des portes – en fond de plateau et puis, à main droite, cette fois-ci, un amoncellement de chaises, produisant l’effet d’un barrage ou d’une forêt, d’une arrête dans la gorge, d’un mot qui ne passe pas, d’un truc qui est là et ne devrait pas y être, comme le refoulement par exemple, le tabou, l’interdit, le secret de famille... Dans cet univers, on ne sait jamais trop pourquoi des personnages arrivent ou disparaissent. Le père dit qu’il va mourir, il est en colère, un atrabilaire sans doute. La mère, elle, ne cesse de retourner à la cave où elle découpe le cochon ; elle a cette préoccupation de nos mères d’autrefois, toujours à faire, à tourner, à s’interposer, comme si elles devaient constamment justifier leur existence. Elle dit que l’eau monte, que bientôt la maison sera emportée par l’océan. Elle protège ses enfants. Il y en a deux, une fille et un garçon. La fille qui est enceinte, le garçon qui veut partir. Il y a aussi un ami de la famille qui revient après avoir disparu. Egalement la sœur du père et son mari. Egalement, à la toute fin de la pièce, le frère du mari ; entre les deux, il y a eu de l’arnaque au moment des partages des terres et de la ferme. Et puis, il y a ces lettres, des lettres écrites dans une écriture mystérieuse, adressées par on ne sait trop qui à on ne sait trop qui, encore une affaire pas claire.