Au fil des pages, Flahault dégage les caractéristiques précises du prométhéisme : la conviction que l’homme a la capacité de rivaliser avec les dieux — et avec Dieu —, de leur disputer leur puissance ; qu’il ne fait pas partie de la nature, mais qu’il occupe par rapport à elle une position de surplomb. Il y est placé comme un colon, et il a vocation à se mesurer à elle, à la dominer, à l’exploiter, à la transformer. Il s’agit là d’une certitude si bien ancrée qu’elle explique sans doute pourquoi on ne peut s’empêcher d’être légèrement vexé lorsque Méheust énonce la raison pour laquelle la technoscience, sauf à poursuivre dans une fuite en avant désastreuse, sera toujours incapable de réparer les dégâts qu’elle a elle-même causés : parce que « la biosphère est plus complexe que l’intelligence qu’elle a engendrée ».