Pour ce nouveau passage parisien, Bob Dylan avait demandé expressément à se produire dans une salle qu'il ne connaissait pas. Depuis sa première prestation française à l'Olympia, en 1966, le chanteur américain a joué dans la plupart des salles de la capitale : Grand Rex, Zénith, Paris-Bercy… Mardi, il offrait son premier concert dans le cadre du Palais des congrès, bien peu propice au rock'n'roll. Pourtant, entre son arrivée sautillante sur les planches et l'accord final de Blowin'in the Wind, le génie de la musique américaine aura livré deux heures d'un stupéfiant concert. Fort d'un catalogue riche de centaines de chansons, Dylan est un des seuls à pouvoir se permettre d'entrer en scène avec un titre aussi anecdotique que Cat's In The Well (1990) et d'enchaîner avec un monument historique comme The Times They Are A-Changin' (1964). Dans les premiers rangs, on remarque la présence des artistes Hugues Aufray et Francis Cabrel, magnétisés par la présence du héros de la soirée. À 67 ans, Dylan, costume chicano noir et couvre-chef idoine, porte beau. C'est de profil qu'il passera l'essentiel de la performance, improvisant de délicieuses parties d'orgue. Félin en diable, son jeu de jambes et son sourire solidement accroché à la mâchoire confirmeront que c'est au cœur de la musique que la rock star est la plus heureuse. Peu importe finalement s'il ne parle pas : le jeu ébouriffant de ses accompagnateurs suffit. Surtout qu'il est ici mis au service d'un programme éblouissant : I'll Be Your Baby Tonight, sur laquelle Dylan prend des chorus de guitare bluesy, Stuck Inside of Mobile With The Memphis Blues Again, Chimes of Freedom, Masters of War, Highway 61 Revisited. L'artiste malaxe ses classiques depuis si longtemps qu'ils sonnent d'une actualité féroce, tel Like A Rolling Stone, qui ne paraît pas ses 44 ans.