La Fondation Cartier expose la nouvelle série sur Paris de ce maître de la couleur. Rencontre privilégiée avec un mythe américain qui préfère les notes aux mots. Il y a comme un décalage dans la pose élégante et rêveuse de cet Américain du Vieux Sud qui trouverait aisément sa place dans Le Grand Sommeil, de Howard Hawks, symphonie noire écrite avec un humour acide par William Faulkner, autre grand nom du Sud. Mince à l'extrême dans son costume strict, dégingandé comme un habitué des cocktails, retenu comme un fils de bonne famille, William Eggleston est le photographe américain de la couleur.
Il fut le premier de son espèce à avoir sa rétrospective au MoMA (Museum of Modern Art) de New York en 1976. Ce natif de Memphis joue le rôle de l'Américain à Paris avec le charme désuet du dilettante. Piano laqué noir sur moquette rouge sang. Photographe réputé peu loquace, voire autiste, William Eggleston dessine et joue du piano depuis l'enfance. D'où la scénographie particulière de la Fondation Cartier, qui lui a passé commande d'une nouvelle série sur Paris, figure imposée de la photographie depuis Atget et Cartier-Bresson. « On me demande toujours quelle est la part du Vieux Sud en moi. Je sais que le lien est là, profondément ancré, vivant, mais je n'y pense jamais. Je pense plus à la photographie qu'à l'endroit d'où je viens. Je ne crois pas au déterminisme du lieu, de l'enfance, du bagage familial, du pays, de la culture, en somme. Je me sens chez moi partout où je photographie ; je suis né comme ça. C'est mieux comme réponse, non ? » répond en détournant le regard cet homme courtois, dans un rire de salon, vite étouffé.