(...) Encore qu’exagérément étirée par les procédés savants de Wilson, et rendue ainsi un peu longue pour les spectateurs (mais c’est bien là son unique défaut), la mise en scène de ce dernier, débutant par un défilé de silhouettes stupéfiantes, s’est révélée magistrale. Renouant avec un certain style de l’ « expressionnisme » du théâtre allemand, Wilson a mis tout son talent à servir ce chef d’œuvre extrêmement corrosif et non pas, comme il l’a fait souvent, à plier l’œuvre aux caprices de sa seule esthétique. Autant peut-on l’accuser bien souvent de se répéter, autant ici doit-on s’incliner devant cette prodigieuse réalisation férocement « actualisée » et soutenue par des acteurs eux aussi prodigieux : le fascinant Stefan Kurt dans le rôle de Mackie-Messer, l’incroyable Traute Hoess en Celia Peachum, Veit Schubert en Jonathan Peachum, le terrifiant Axel Werner en chef de la police façon Nosferatu le vampire, mais encore Christina Drechsler (Polly), Anna Graenzer (Lucy), Georgios Tsivanaglou (Flich), l’admirable Angela Winkler (Jenny) et tous les autres comédiens, impressionnants par leurs qualités théâtrales, jusqu’à la frêle Ruth Glöss. Avec les musiciens de l’orchestre qui les accompagnait, acteurs, et techniciens aussi, ont été acclamés par le public.