La plupart des hypothèses visant à expliquer la dérive des cités sensibles (chômage, délitement de l'autorité...) font l'impasse sur sa dimension culturelle. Et quand elles la mentionnent, c'est pour la caricaturer sous les traits d'un communautarisme dont on stigmatise les expressions en négligeant les discriminations et la ségrégation qui l'alimentent. C'est contre ce double déni que s'élève Hugues Lagrange. Loin de considérer les constructions culturelles des quartiers d'immigration comme des produits d'importation marqués d'une irréductible altérité, il y voit le fruit d'une douloureuse confrontation entre des héritages culturels, des tentations de " re-traditionalisation "et une société d'accueil elle-même victime d'un grand backlash idéologique et moral. Il distingue ainsi les expériences migratoires (celles des Maghrébins ne sont pas celles des Africains du Sahel ou des Turcs), détaille les mécanismes d'ethnicisation des quartiers et dresse un portrait sans fard des rapports entre les sexes ainsi que de l'autoritarisme masculin qui prévalent dans les cités.
-4e de couverture-
DEBAT
"S’il séduit les médias, c’est qu’il conforte le sens commun par un livre savant censé briser un tabou en disant tout haut ce que beaucoup pensent tout bas."
Interview de Eric Fassin, sociologue à Normale supdans Libération du 27/09/2010 : «La famille noire est toujours un problème pour ce culturalisme»
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Analyse culturaliste ou pas (en langage savant), le travail de Hugues Lagrange met en cause un tabou : pour une partie de nos concitoyens, la volonté de ne pas savoir en censurant des thématiques de recherches scientifiques au nom d’un universalisme abstrait, par crainte, justifiée, d’une instrumentalisation des résultats qui conforterait l’idéologie xénophobe et raciste ambiante.
Or ce dernier mode de pensée n’a nul besoin d’études scientifiques pour exister et se répandre. Fondé sur des impressions, des sentiments, des convictions, des émotions, ou des expériences individuelles douloureuses, il appartient à l’univers irrationnel des passions et du ressentiment : à une culture sur laquelle les chiffres ne peuvent avoir d’influence.
Le réalisme et l’honnêteté intellectuelle veulent, qu’à l’opposé d’une instrumentalisation idéologique dans un sens comme dans l’autre – soit pour étayer une posture de défiance et de résistance, ou apporter de l’eau au moulin validant les principes d’exclusion ou de recherche du bouc émissaire – la curiosité et la volonté de savoir s’imposent.
Au-delà, c’est la question de l’autonomie de la science à l’égard du politique qui est posée, et partant, de la liberté des chercheurs de définir librement l’objet de leurs recherches, pour interroger et en retour informer la société de son évolution pour esquisser des pistes de réponses aux problématiques soulevées.
Tel est le sens de l’approche d’Hugues Lagrange qui ne saurait être contestée sur le fond.
Toute contribution scientifique – sociologique en l’occurrence - à l’établissement de la vérité et à la compréhension de la réalité anthropologique, sociale, culturelle et économiques constitue un apport pour résoudre les difficultés.
La seule question qui devrait être retenue est celle de la finalité scientifique de cette recherche, puis de son utilité dès lors qu’apparaît l’évidence chiffrée d’une problématique à résoudre.
Oui c’est clair à présent, nous avons désormais qu'une proportion importante des hommes africains d'origine sahélienne sont polygames, et que les enfants issus de ces familles versent plus que d'autres dans la délinquance. Cette réalité qu'il faut voir en face pose de multiples problèmes pour notre société, qui ne peuvent se résoudre par des politiques de répression, de stigmatisation, d'expulsion et de sanction, et d'incitation à la discrimination raciale.
En qualité d'écrivain public je vois chaque semaine défiler dans mon bureau des femmes africaines seules avec enfants, des hommes africains aux descendances nombreuses qui ont plusieurs épouses. J'ai déjà dit sur ce blog comment je n'hésitais pas à dire droit dans les yeux ce que je pense à ces hommes polygames qui me parlent de leurs habitudes de vie avec un sourire plus ou poins complice. Je leur dis qu'ils sont des hommes irresponsables, qu'ils sont inadaptés à la vie en France.
En qualité d'habitant j'ai décris aussi dans ce blog la violence des jeunes de mon quartier à l'égard des femmes d'origine asiatique, et les actes dont j'ai été personnellement témoin. Le travail de Hugues Lagrange ne fait que dresser le constat d'une réalité culturelle, dont la source est indubitablement l'immigration incontrôlée dans un pays dont une partie importante de la population a toujours refusé d'accueilir l'étranger. La responsabilité est aussi à mettre sur le compte des atermoiements d'un Etat qui, depuis la loi sur le regroupement familial n'a jamais voulu créer les conditions indispensables d'une immigration réussie par l'établissement des obligations (de droit et de moeurs) et des devoirs - assortis des moyens qui auraient dû les accompagner (apprentissage du français) - que devrait respecter toute personne étrangère vivant sur le territoire français en contrepartie des avantages qui lui sont donnés.
Le constat de l’étude de Hugues Lagrange conduit donc à poser la question : comment éradiquer la polygamie et régler les problèmes engendrés par l’irresponsabilité, l’absence ou l’autoritarisme des pères, en particulier en ce qui concerne leurs conséquences éducatives dans les domaines scolaires, de la délinquance, de la représentation de l’autre sexe (machisme)...
Protection des enfants et des épouses, parrainage des pères, conseil familial, conseil conjugal, contrôle des naissances, éducation-contrôle-sanction des pères, tutelle familiale, pénalisation des pratiques polygames…Autant de pistes à explorer et à mettre en cohérence pour mettre en œuvre une politique de lutte contre la polygamie, de soutien aux mères et d’accompagnement des enfants.
Autant d’initiatives pour réduire la délinquance des enfants de familles africaines polygames, reconnaître et accepter ces familles dans la société française, (ré)éduquer, former ses enfants pour les accueillir sur le marché du travail…
Autant d’initiatives à mettre en œuvre pour en finir avec l’idéologie de la délinquance associée à l’immigration issue du Maghreb et de l’Afrique.
Mais les français sont-ils plus attachés à la culture de l’exclusion qu’à la culture de la solidarité ?
Telle est la question.
J’ai dit
Plume Solidaire
Quelques articles pour nourrir le débat.
Revue de presse :
L'express : Le poids des origines ethniques et la délinquance
Télérama : Plutôt fumeux, les “facteurs culturels” d’Hugues Lagrange
Puteaux-libre : Les facteurs de troubles par Jacques Guillemain
Le JDD : Intégration: Le choc des cultures
Le Figaro : Délinquance, les enfants d'africains surreprésentés