Hear the voice of the BardWho present past and future seesWhose ears have heardThe holy wordThat walked among the ancient trees.William Blake, Songs of ExperienceLe 21 septembre dernier, Leonard Cohen a fêté ses 74 ans sur scène à Bucarest. Son signe astrologique est donc « vierge » et les Vierges sont, dit-on, épris de perfection.J’ai eu la chance d’assister à cinq concerts de la tournée européenne, et je l’affirme : dès les premiers instants, lorsqu’on voit le chanteur arriver sur scène en sautillant comme un jeune homme, svelte, l’élégance racée –fédora de crooner et costume sombre croisé– avec cet air de séducteur roublard qui vient de faire un mauvais coup, cet air hilare d’un vieillard qui sait cacher au monde qu’il est l’auteur unique de l’Ancien Testament et faire croire à toutes les femmes qu’il est encore un poète adolescent ; lorsqu’aux premières notes chantées, cette voix profonde nous transporte dans les sous-terrains du grave où confusément l’on sent que, une fois dissipée la fumée de cinquante ans de gitanes sans filtre, nous seront révélées rien moins que la vérité, les voies de Dieu et de l’amour terrestre ; lorsque, très vite, cette voix se fond avec ces chœurs angéliques (Sharon Robinson et les Webb Sisters) et qu’elle déplie sous les voûtes des zéniths modernes et des vieux théâtres le mariage de la terre et du ciel ; lorsque ce splendide orchestre sapé comme des gangsters met