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REFORME DE L’ONU : Kadhafi, avocat des faibles

REFORME DE L’ONU : Kadhafi, avocat des faibles

Le pays vendredi 25 septembre 2009 Beaucoup s’y attendaient. L’Assemblée Générale n’aura finalement pas innové, et dans tous les cas, n’aura pas été révolutionnaire, dans ses décisions. Aux sempiternels discours ont répondu d’autres interventions non moins traditionnelles qui affichent tous la ferme volonté des uns et des autres de sérieusement s’attaquer aux divers problèmes dont souffre la planète, mais sans plus. Et déjà, les puissants de ce monde ont déjà les yeux tournés vers Pittsburgh, lieu de rencontre des géants mondiaux du G 20. Autrement plus importante et sans doute plus intéressante. Mais cette AG de l’ONU aura été marquée, peut-être malmenée, par le passage du Guide libyen, par ailleurs président en exercice de l’Union africaine. Là aussi, beaucoup s’y attendaient. Le Colonel Kadhafi s’est bâti une solide réputation de trublion qui dérange protocole et ordre établi. A tel point que chacun de ses passages constitue en soi un spectacle. Ce n’était pas face à la tribune de l’ONU que l’homme allait faire la fine bouche. Kadhafi se sera agrippé à cette opportunité inespérée et au final, on l’aura entendu 1h 30 mn durant. Du moins ceux qui seront restés dans la salle. Pour tout dire, il aura fait scandale. Mais si on dépouille le discours de Kadhafi de ses scories, des extravagances et des vices de forme, il en reste certainement quelque chose de digne et qui vaut son pesant de vérité. Lorsque le colonel descend en flammes le Conseil de sécurité ainsi que le droit de veto de cinq membres permanents que sont la Chine, les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie, il faut le dire tout net, il se fait le porte-parole des "petits" pays et même de certains "grands" qui sont convaincus qu’une réforme de l’instance planétaire est plus que nécessaire, au regard du chemin parcouru. Malheureusement, realpolitik oblige, ils n’ont pas la possibilité de l’exprimer ainsi, ou, tout simplement, choisissent de se taire. De nombreux pays, notamment du tiers-monde, sont persuadés, à l’instar du Guide libyen, que le veto est immoral et va à l’encontre des grands principes édictés par la charte de lONU. L’existence des membres permanents obéit à des principes tout simplement égoïstes et injustifiés. Lorsque Kadhafi, dans un discours même décousu, stigmatise les grandes puissances, les accuse d’avoir déclenché de nombreux conflits depuis 1945 dans le but de poursuivre leurs propres intérêts, lorsque le Guide libyen fait revenir comme une ritournelle le thème de l’injustice du monde, les délégations occidentales qui ne voulaient pas l’entendre avaient déjà déserté la salle. Mais de nombreuses populations du monde arabe et d’Afrique noire l’écoutaient avec délectation, fières de trouver enfin en ce trublion quelqu’un qui sait se dresser sur ses ergots pour dire à la face de ces Occidentaux ce que les pays pauvres pensent vraiment d’eux. Et peut-être qu’elles ont raison, ces populations africaines, de mettre leur espoir en Kadhafi. Ce ne sont pas leurs chefs d’Etat qui mettront en la matière, la main à la pâte. Trop délicat, trop risqué. C’est bien plus simple de poser pour l’historique photo avec l’Américain Barack Obama. Et pourtant, ces chefs d’Etat, pris individuellement, ne sont pas loin de penser que Kadhafi a raison. Mais Kadhafi n’a peur de personne. Son pétrole et sa masse de pétrodollars sont pour lui une assurance certaine. Ce qui n’est pas le cas pour tous les dirigeants africains. Alors ils se taisent et certains même applaudissent sous cape. A cette Assemblée Générale de l’ONU, le président français Nicolas Sarkozy, a lui aussi réclamé une réforme du Conseil de sécurité. En d’autres termes, bien sûr que ceux de Kadhafi. En usant d’un autre genre d’argumentaire aussi. Mais au fond, les deux chefs d’Etat souhaitent la même chose car ils constatent la même inadéquation à l’intérieur d’un même système. Et si cela n’est pas la preuve suprême, il peut être un indice sérieux de l’urgence à changer un mode de fonctionnement devenu obsolète et injuste et qui génére malaise et frustration. Il est saisissant de voir à quel point souvent ces AG de la plus grande instance de la planète s’apparentent à une véritable foire d’empoigne où le désordre le dispute à l’anarchie, et ce, à l’intérieur de la salle où se déroulent les discours des chefs d’Etat et dirigeants des cinq continents. Cela montre sans conteste que quelque chose ne tourne pas rond. Et de plus en plus, s’élève une protestation jadis sourde mais qui, de plus en plus, tient à faire entendre un message, clairement exprimé par le président français, Nicolas Sarkozy : "Les pays les plus développés ne peuvent prétendre gouverner seuls l’humanité". Le président français et le guide libyen ont raison. Certains n’auront retenu du second que son discours fleuve, volontiers construit sous la forme d’une diatribe contre l’Occident, parsemé de redites, d’improvisations et de redondances. Mais indéniablement, il faut se réjouir que le Guide libyen ait choisi de mettre le doigt là où ça fait mal. Une bonne cause, même servie par un mauvais avocat, demeure une bonne cause. "Le Pays"

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