Laurent Gutmann met en scène la pornographie du monde contemporain selon Simon Stephens. En écho à la nouvelle mise en scène que propose Stéphane Braunschweig de Lulu, on peut découvrir dans la petite salle de la Colline « Pornographie » de Simon Stephens, auteur encore inconnu en France mais joué deux fois cette saison sur les scènes parisiennes. Le titre polémique de ce texte contemporain, monté en 2008 à Hambourg, décrit la réalité effroyable d’un monde qui communique virtuellement sous les dictats de la consommation, une société qui exhibe l’intimité bafouée de l’homme et sa violence latente dans la vie urbaine. La mise en scène est de Laurent Gutmann. La scène est scindée en deux lieux distincts. Derrière une baie vitrée, la vie uniforme et banale d’hommes et de femmes (un teenager, une retraitée…), dans un long appartement de plusieurs pièces en enfilade, tout un symbole d’un quotidien à la fois confortable et rasant. Ils se regardent peu, n’échangent pas un mot. Chacun est affairé ou inerte à la table de la cuisine, sur le lit, à lire un journal, devant l’ordinateur, à faire du tricot ou prendre sa douche. Cette intimité affichée sans pudeur par le décor imaginé par le metteur en scène Laurent Gutmann et son scénographe Mathieu Lorry-Dupuy est le cœur même du propos de l’auteur Simon Stephens. Devant, un espace vide prêt à recevoir les paroles, les confessions de ces gens apparemment ordinaires capables de basculer dans l’irréparable.