Expert en défaite (il décrocha en 1997 le prix Goncourt pour "La bataille" d'Essling, perdue par Napoléon), l'écrivain narre ici "l'année qui court de l'été 2009 à l'été 2010" et "consacre la dégringolade de Nicolas 1er dans l'opinion". "Au matin du 9 novembre, il sauta dans un avion pour Berlin..." L'ancienne plume d'"Actuel" excelle à rappeler les turpitudes politico-économiques (l'affaire Woerth-Bettencourt) ou les "storytellings" hasardeuses ("Les courtisans eurent la joie d'apprendre comment" Nicolas Sarkozy "fut héroïque en 1989 quand, au matin du 9 novembre, il sauta dans un avion pour Berlin ...pour participer à l'événement capital que personne n'avait soupçonné à part lui et son flair..."). Mais surtout, il souligne, au trait noir, la toile de fond : montée de la défiance, de la crise et du chômage ("des ouvriers remerciés menaçaient de faire exploser des bonbonnes de gaz alignées sur le toit de leur usine ...afin qu'on augmentât de trois sous leurs indemnités de départ à la casse.") Et l'écrivain, qui connaît ses classiques, de citer Paul Lafargue (l'auteur du "Droit à la paresse"): "Le travail éreinte, tue et n'enrichit pas : on amasse de la fortune, non pas en travaillant, mais en faisant travailler les autres". "Ces Créoles Trinity XL en or jaune de chez Cartier ? Une paille" S'il étrille "notre Irascible leader, Rambaud n'épargne pas la cour. Et d'épingler tour à tour, parmi beaucoup d'autres, "le comte Chatel" ("lycéen des beaux quartiers chez les jésuites parisiens, il y acquit la façon de ne point répondre droitement aux questions qu'on lui posait, mais par les biais ou les silences, ce qui lui valut de porter la parole du Parti impérial"), le chevalier d'Ouillet (dont il rappelle cette citation :"on dit que je suis misogyne, mais tous les hommes le sont, sauf les tapettes") ou "le transfuge Besson", organisateur de débats (sur l'identité nationale) qui dévièrent "de l'amalgame au racisme et du racisme à la simple idiotie". Sans oublier - à toute reine, tout honneur - Carla et ses goûts de luxe étalés dans la presse : "ces Créoles Trinity XL en or jaune de chez Cartier ? Une paille de deux mille six cent cinquante euros. Ce petit tailleur-jupe en laine signé Dior ne valait que mille sept cent cinquante euros et le sac New Bamboo en crocodile onze mille huit cents euros, mais de Gucci". Plus encore que l'an dernier, la causticité de Rambaud prend des teintes sombres et des accents navrés. Si son "à suivre, hélas" sonne sinistrement en guise de point final, cette annuelle chronique acerbe et drôlatique nous a néanmoins, une fois, de plus réjouie. Vivement 2012 !