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Tensions sociales en Chine du Sud : vers une grève générale ? | Rue89

Tensions sociales en Chine du Sud : vers une grève générale ? | Rue89

Tensions sociales en Chine du Sud : vers une grève générale ? | Rue89

 

L'ère des ouvriers chinois obéissants et mal payés touche à sa fin. Une étude du CNRS dans le Sud de la Chine montre une combativité nouvelle qui pourrait déboucher sur une grève générale. (...)

Mancur Olson est un économiste américain célèbre pour une théorisation de l'action collective publiée en 1965. D'après lui, la grève est d'abord le résultat d'un calcul : les ouvriers regardent ce qu'ils risquent de perdre (heures non-payées, répression) et ce qu'ils risquent de gagner (augmentation de salaires). (...)

La contrainte demande un minimum d'organisation, et cela explique pourquoi les grèves étaient si difficiles à organiser jusqu'ici en Chine, car on sait à quel point l'Etat chinois écrase violemment tout début d'organisation concurrente du Parti.

Les ouvriers d'aujourd'hui ne ressemblent guère à ceux d'hier. Dans la Chine des trente premières années du régime communiste, être ouvrier voulait dire avoir un certain niveau d'instruction et le privilège de travailler pour l'Etat. C'était une fonction enviée.

Les réformes ont réduit considérablement l'importance numérique des ouvriers d'entreprises d'Etat au profit d'entreprises privées. Celles-ci ont massivement embauché des jeunes sans instruction venus des campagnes pauvres. (...)

Une nouvelle génération d'ouvriers

Trente ans après le décollage industriel, nous sommes maintenant à la deuxième génération d'ouvriers d'origine rurale. Cette deuxième génération est plus instruite que ne l'était la première. Elle a l'expérience de la première génération, et surtout elle n'a connu que la croissance.

La première génération d'ouvriers d'origine rurale avait connu la guerre civile et des périodes de famine. La génération actuelle sait ce qu'est la misère, mais elle a rarement été confrontée à la famine, et très exceptionnellement à la répression. C'est une génération qui croit en son avenir.

Ces ouvriers ont quitté des villages que les jeunes fuient et où sévit un chômage endémique. Le revenu moyen des paysans chinois tourne aujourd'hui autour de 100 euros par an, celui des ouvriers est dix fois supérieur. Les ouvriers d'origine rurale ont donc expérimenté une véritable promotion sociale.

Vingt ans d'observation des usines chinoises m'ont montré des évolutions dans les mentalités de ces ouvriers, évolutions que nous lions à l'expérience concrète vécue par ces derniers. Il est impossible de décrire la variété des opinions des ouvriers chinois, mais on peut tenter de sortir certaines constantes de discours lorsque ces derniers renvoient à des situations observées.

La presse insiste beaucoup sur les conditions de travail qui ne sont souvent pas meilleures que dans les autres pays du tiers-monde. Ces conditions du travail sont naturellement mal vécues, mais elles sont aussi perçues comme une fatalité, et, globalement, ne se dégradent pas.

Par contre, l'intensité au travail monte. Il y a vingt ans, la plupart des usines que j'observais n'avaient pas des conditions de travail enviables, mais le rythme de travail était rarement soutenu.

Il y avait de nombreuses raisons à cela : d'une part, les salaires étaient si bas qu'il n'était pas nécessaire d'exiger une forte quantité de travail. Peut-être la raison principale est qu'il n'est pas simple de faire travailler des ouvriers. (...)

Si ces ouvriers gagnent plus que leurs parents, ils se trouvent aussi dans un monde plus compliqué. Les salaires des ouvriers chinois n'ont pas augmenté au rythme de la croissance économique chinoise. Ils restent des salaires de pays du tiers-monde dans une région qui arrive au PIB par habitant des pays européens les moins aisés.

Faire sa vie comme ouvrier devient un casse-tête. Les prix du logement se sont envolés. Alors que la majorité des urbains possèdent leur logement, les ouvriers se rendent compte qu'ils n'y arriveront pas. Se marier implique de trouver un logement en dehors des dortoirs bon marché. Elever un enfant en ville s'avère souvent hors de portée financière pour un ouvrier. Le choix est souvent fait de laisser l'enfant aux grands-parents à la campagne, ou de repousser indéfiniment la naissance. Et depuis peu, les coûts de la nourriture s'envolent.

Il y a quelques années, les ouvriers auraient pris leur sort avec fatalité, car ils ne voyaient pas de moyen d'amélioration. Mais aujourd'hui, ils ont entendu parler des salaires obtenus dans d'autres usines à la suite de grèves, et ils trouvent qu'ils sont mal payés. Ils n'ont pas connu de répression, sont habitués à changer d'entreprise facilement et ils ne craignent pas le chômage ; dès lors, ils n'ont pas peur de faire grève.

Il faut dire qu'à la différence de leurs parents, ces ouvriers sont généralement des enfants uniques, c'est-à-dire qu'ils ont été habitués à des adultes qui leur cèdent tout : ils supportent d'autant plus mal les frustrations.

S'ils ne se mettent pas plus souvent en grève, c'est que la plupart d'entre eux ne savent pas comment s'y prendre.

 

 

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