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Discours de clôture de François Bayrou

Retrouvez l'intégralité du discours de clôture de François Bayrou à l'issue de l'Université de rentrée du Mouvement Démocrate à La Grande-Motte... Seul le prononcé fait foi. "Merci à tous, merci à vous d'être aussi nombreux, aussi présents, aussi chaleureux. Nous avons eu, au cours de cette université de rentrée, plus de 2000 participants, participants payants, je le rappelle. C'est dire la vitalité que vous manifestez et l'importance de l'engagement de cette famille politique que nous formons ensemble. (lire la suite) Deuxième réflexion : comme vous avez vu, nous avons été, pendant ces journées, depuis plusieurs jours, l'objet d'une attention large venant de tous les bords de l'échiquier politique avec des sentiments d'ailleurs différents, selon ces bords, pas tous généreux et compréhensifs, mais c'est bien normal. Nous avons été l'objet de l'attention générale et c'est une réflexion que j'ai présentée à l'ouverture de ces journées. Nous avons été l'objet de cette attention pour une raison extrêmement simple : nous sommes la seule force politique en mouvement du paysage politique français. Or, le mouvement, cela a deux caractéristiques. La première est que c'est très difficile et la deuxième, que c'est la vie. Le mouvement, c'est la vie même. Il n'y a que les statues qui sont immobiles parce qu'elles sont matière inerte. Je ne veux pas allonger la réflexion, mais j'ai toujours été fasciné par un événement historique, un des événements les plus importants de l'humanité depuis 2000 ans et qui est la série de découvertes que Pasteur a faites à la fin du XIXème siècle. Comme vous savez, il a découvert les bactéries, la vie microbiologique ; mais ce n'était pas sa première découverte parce que Pasteur, contrairement à ce que beaucoup imaginent, n'était pas un médecin, ses premiers travaux étaient dans le domaine des cristaux, de la cristallographie. La première découverte de Pasteur qui m'a toujours fasciné, c'est qu'il y avait, dans la structure de la matière, une différence essentielle entre la matière vivante et la matière inerte. La matière inerte : les cristaux sont symétriques, ils ne bougent pas. La matière vivante : les cristaux sont dissymétriques, ils sont en mouvement. Si vous réfléchissez, la marche n'est pas autre chose qu'un déséquilibre rattrapé et qui crée le mouvement. Ce n'est pas autre chose, la vie, que prendre un risque et créer un monde nouveau. Je suis heureux d'être avec tant d'hommes et tant de femmes dans un mouvement politique qui sait prendre des risques pour créer un monde nouveau. Il me reste à vous dire deux choses. La première, c'est de remercier les organisateurs. Alors à Pierre-Emmanuel Portheret, Delfyne Sémavoine, Florence Lhomme, etc... -il y en a beaucoup- Stéphane Thérou avec l'IFED, Mickaël pour la vidéo, enfin tous ceux qui ont été les organisateurs de ces journées, à tous je veux adresser un merci particulier. Et vous faire une confidence : cela doit être ma 35 ème université d'été ou de rentrée, je n'en ai manqué qu'une seule parce que j'étais dans cette longue tradition politique, mais j'étais sur un lit d'hôpital, autrement j'ai fait toutes les autres. C'est la première fois que je ne me fais pas "engueuler" pour l'organisation ! C'est dire ! Il me reste une dernière chose à vous dire parce que nous joignons l'exemple à nos valeurs. Pour la première fois, dans un mouvement politique, nous avons fait le « bilan carbone » de cette université de rentrée. Les spécialistes qui ont calculé cela (je pourrais avoir des réflexions sur la manière dont ils l'ont calculée car je me suis ces temps-ci plongé dans les bilans carbone) ont trouvé que l'on avait dépensé 51 tonnes de carbone dans cette université. Et nous avons décidé de compenser indépendamment ce bilan carbone de l'université en achetant 1700 arbres qui vont être plantés dans la forêt des Landes. Geneviève Darrieussecq, Maire de Mont-de-Marsan, va se charger de cette opération. Merci à tous ! (…) Je salue les téléspectateurs qui nous rejoignent au travers des chaînes qui retransmettent ce moment de clôture de notre université de rentrée. Je suis très heureux, tous l'ont exprimé, à la fois du climat de ces journées, de votre enthousiasme, de votre chaleur, de la solidité, de l'enthousiasme qui vous ont liés. Je suis très heureux de la présence, qui a été continue au cours de ces journées, de personnalités très importantes, au premier rang desquelles Guy Verhofstadt qui a été, comme vous le savez Premier ministre de Belgique, qui est le président de notre groupe au Parlement européen, troisième groupe du Parlement européen avec 84 députés. Je salue ici ceux qui en sont membres. Cela me fournit une transition pour vous indiquer quelles sont les personnalités que j'ai décidé de nommer et qui ont été ce matin approuvées par le Conseil national pour entrer au sein de notre Bureau exécutif national. Je les cite très vite : Jean-Marie Beaupuy, Député européen jusqu'aux dernières élections ; Geneviève Darrieussecq, Maire de Mont-de-Marsan ; Fabienne Faure, Présidente de notre groupe au Conseil régional de Rhône-Alpes ; Sylvie Goulard, Député européenne ; Rosalie Kerdo, Présidente du Mouvement départemental de la Drôme ; Fadila Mehal, Présidente et fondatrice des « Mariannes de la diversité » ; Thierry Robert, Maire de Saint Leu et Conseiller régional de la Réunion qui sera le benjamin de cette équipe à 32 ans ; Robert Rochefort, Député européen ; Rodolphe Thomas, Maire d'Hérouville-Saint-Clair et Conseiller général du Calvados ; Yann Wehrling, ancien Secrétaire national des Verts. C'est pour moi enfin l'occasion de saluer les parlementaires présents. Je salue Abdoulatifou Aly, Député de Mayotte ; Jean Lassalle, Député des Pyrénées-Atlantiques ; je salue, sous vos applaudissements, Marcel Deneux, Sénateur de la Somme ; Nicolas About, Président de notre groupe au Sénat ; Denis Badré, Sénateur des Hauts-de-Seine, Jean-Jacques Jegou, Sénateur du Val-de-Marne, Trésorier de notre Mouvement ; je salue Bernard Lehideux, Gilles Artigues, Olivier Henno. Je salue Nathalie Griesbeck, Député européenne, et Azouz Begag que je remercie de sa présence. Mes chers amis, dans les premières heures de notre université de rentrée, les journalistes m'interrogeaient en me demandant : "Mais quel est pour vous le but de votre université de rentrée ?" Je leur ai répondu ce que je croyais profondément : le but de cette université, ce sont des idées claires. Des idées claires pour notre Mouvement, mais beaucoup plus largement, au-delà de toutes celles et tous ceux qui le forment, des idées claires pour les Français. Parce que c'est peu de dire que notre vie politique apparaît souvent, tous les jours, bourbeuse et brouillardeuse. Plus personne n'y retrouve ses repères. En peu de mois, la crise aidant, les libéraux sont devenus étatistes. Les étatistes sont devenus muets. Le déficit écrasant et l'Himalaya de dettes ne suscite plus aucun débat, mais il va falloir les payer. Le président du groupe d'intellectuels du PS est devenu rapporteur de la Commission du grand emprunt sur lequel je croyais que le PS était pour le moins réservé. Le Procureur le plus important de France donne une conférence de presse pour affirmer, avant le procès, la culpabilité d'un ancien premier ministre dans un procès où le chef de l'État, qui est d'une certaine manière son ultime supérieur hiérarchique, est partie civile, et personne ne s'en étonne. Le Président de la République fait dire dans tous les médias qu'il a capté, comme l'on dit, les idées de la gauche, tout en intronisant Philippe de Villiers et les siens dans la majorité. Le même Président de la République préside en personne, à l'Élysée, le Comité de liaison des appareils, groupes et groupuscules de la majorité, sans que nul ne s'en émeuve. La taxe carbone, pour laquelle tous les candidats à l'élection présidentielle avaient solennellement apposé leur signature, est combattue sur le principe par les signataires eux-mêmes... Bref, selon l'expression populaire, une chatte n'y retrouverait pas ses petits ! Une chatte encore, mais un citoyen et notamment un citoyen ému par le cours que prennent les choses en France, un citoyen pas d'accord, un citoyen qui s'interroge… Je voudrais avec vous répondre à 3 questions : Où va la France ? Si l'on n'est pas d'accord avec ce qui se passe, que faire ? Et avec qui et dans quelle direction aller pour l'avenir ? Où va la France ? Je retiendrai trois traits dominants en cette rentrée. Le pouvoir a une idéologie qui est en rupture avec certaines des valeurs essentielles de notre pays. Il a entrepris, et c'est très grave, de mettre la main sur tous les centres de décision et, surtout, et c'est le pire, le plus grave, secteur après secteur, les problèmes de la France s'aggravent plutôt que de trouver une réponse. J'irai très vite sur le premier point. Je lis quelquefois sous des plumes autorisées, de droite et, de manière plus surprenante, de gauche, que je serais anti-sarkosyste. Moi, je veux vous dire ceci : je ne suis en rien contre Nicolas Sarkozy, mais je suis en tout contre ce que Nicolas Sarkozy est en train de faire de la France. Ceci n'est pas affaire de personne, c'est affaire de pays. Ce n'est pas affaire d'épiderme ou de sympathie. On serait surpris de savoir que ce n'est en rien dans ce domaine que je me suis placé tout au long des derniers mois et des dernières années. C'est dans le souci de la France et de ce que cette France est en train de devenir sous la responsabilité des dirigeants qui, aujourd'hui, décident de son avenir que j'ai consacré un livre à cette approche, je ne vais pas m'étendre. Il y a une chose, pour moi, absolument frappante : la société que l'on est en train de construire est la société des inégalités, la société du chacun pour soi. Or, la tradition de la France, notre choix historique, depuis l'école publique, laïque, obligatoire et gratuite, jusqu'à l'impôt proportionnel, jusqu'à l'aménagement du territoire, était l'égalité des droits et l'égalité des chances. Au service de ce rêve ou de cet idéal ou de ce projet d'égalité, il y avait la République et ses services publics, l'État impartial, l'aménagement du territoire, la sécurité sociale. Les territoires de la République n'étaient jamais désertés et, nulle part, on n'acceptait que son autorité fût mise en cause. En tout cas, c'était notre histoire nationale, telle qu'elle se transmettait de génération politique en génération politique. Où en est aujourd'hui l'égalité des droits ? Où est l'égalité des chances ? Où est l'égalité fiscale et la proportionnalité de l'impôt, quand ceux qui ont le plus sont mis, par la loi, à l'abri des efforts demandés constamment à ceux qui ont moins ? Où est l'égalité des chances, quand l'école en arrive à ce que les cours particuliers sont aujourd'hui développés au point d'être côtés en bourse, du collège à l'université, et qu'ils se voient encouragés par des déductions fiscales, c'est-à-dire en pratique réservées aux familles qui paient l'impôt ? Où est cette égalité des chances, quand on annonce la suppression du congé parental qui a permis à tant de familles et à tant de femmes de milieux modestes, des milieux les plus modestes, d'élever leurs enfants et de faire le choix d'en avoir ? Où en est l'égalité des chances, quand on applique systématiquement à l'éducation une politique de suppression des postes qui dément les voeux pieux de priorité à l'Éducation nationale que l'on nous répète tous les jours ? Où est l'égalité pour les handicapés, par exemple, ceux qui travaillent en CAT, quand leurs familles constatent qu'ils se voient enlever d'une main ce que l'on affecte de leur donner de l'autre ? Les inégalités sont de plus en plus dures et les injustices progressent. Ces choix font souffrir tous les jours un peu plus l'esprit républicain. C'est le premier constat que je voulais faire devant vous. Il y en a un deuxième. C'est la pratique du pouvoir. Nous vivons un temps où le pouvoir en France a entrepris de mettre la main, peu à peu, sans que cela se dise, sans que cela se voie, sur tous les centres de décision de la société française. C'est une entreprise sans précédents, sur laquelle un jour les historiens réfléchiront, qui s'organise non pas seulement au sein de la société politique, mais au sein du monde judiciaire, des réseaux économiques, médiatiques, financiers, industriels… Influence sans contrepoids, influence sans partage d'un pouvoir qui installe sa domination. La plus récente illustration de cette entreprise de domination, cela a été dit à la tribune, c'est évidemment cette annonce du changement profond de l'équilibre de la justice pénale en France par la suppression du juge d'instruction et l'attribution de l'enquête au Procureur dépendant hiérarchiquement du pouvoir exécutif. Mes amis, bien sûr, ce sont des sujets qui apparaissent pour spécialistes, pas « grand public », mais faisons tous attention. Ce n'est pas la même chose que l'enquête et la poursuite pour les affaires graves, notamment pour les affaires qui mettent en cause des puissants, soient placées entre les mains d’un magistrat indépendant, protégé par son statut ou qu'elles passent entre les mains du procureur, magistrat à l’autorité de sa hiérarchie, et d’abord soumis au pouvoir exécutif pour la progression de sa carrière, magistrats nommés par l'exécutif, y compris contre l'avis du Conseil supérieur de la magistrature, et lorsqu'il s'agit des procureurs généraux, nommés en Conseil des Ministres comme des préfets. Rappelons des choses simples. Lors de la catastrophe judiciaire d'Outreau, le juge d'instruction s'est trouvé au coeur d'une grande émotion publique. On a bâti une grande commission d'enquête pluraliste parlementaire qui s'est réunie, qui a entendu longuement tous les acteurs de cette dramatique dérive, qui a délibéré longuement, toutes opinions confondues, et qui a ensuite rendu ses conclusions à l'unanimité . C'était il y a quelques mois, c'était les mêmes hommes, les mêmes courants d'opinion. Et son avis a été qu'il ne fallait pas, étant donné l'organisation notamment du Parquet en France, supprimer le juge d'instruction, mais instaurer la collégialité pour l'entourer et l'aider de conseils, de la pluralité de jugements de collègues qui pouvaient, en situation risquée, conjuguer l'expérience et les points de vue différents sur le dossier. Alors, vous voyez bien les risques de dérive. L'enquête au procureur, c'est en réalité la remise de l'opportunité de l'enquête au pouvoir en place. Lorsqu'une affaire[...]

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