“Mon juge, Je voudrais qu’un homme, un seul, me comprenne. Et j’aimerais que cet homme soit vous…” Ainsi commence Lettre à mon juge, l’un des grands livres de Georges Simenon. Ecrit en 1946 à Bradenton Beach (Floride) entre deux parties de pêche, c’est un pur roman à la première personne, procédé assez rare chez lui. Ses thèmes familiers y sont condensés (solitude, incommunicabilité…) avec une telle force qu’on pourrait le donner à lire avant chaque procès tant aux magistrats qu’aux jurés. Cela se présente comme la confession d’un homme condamné pour le meurtre de sa maîtresse, adressée au juge qui a instruit son affaire. Il ne s’explique ni ne justifie mais se raconte. Le jour où la lettre parvient à son destinataire, les journaux annoncent que l’homme s’est empoisonné à l’infirmerie de la prison. Un personnage de Simenon tel que lui-même l’a défini, c’est cela : n’importe qui dans la rue, mais qui va au bout de lui-même.