"La réforme des quotas du Fonds monétaire international (FMI) est un progrès considérable", a déclaré Jean-Claude Masangu Mulungo, président congolais du "Groupe des 24" pays en développement, où figurent l'Inde, l'Argentine ou le Brésil, vendredi 11 avril à Washington. L'assemblée de printemps du Fonds, qui s'ouvre le samedi 12 avril, devait en débattre. Pour la première fois depuis la création du Fonds, les pays industrialisés ont accepté une formule de calcul des quotas - donc des voix - de chacun des 185 Etats membres qui avantage les pays en développement. Par exemple, la France et la Grande-Bretagne ont accepté d'y perdre 0,52 point et de revenir à 4,51 % chacune. Les Etats-Unis, le Japon ou l'Allemagne ont admis de ne pas augmenter leur poids comme ils auraient été en droit de le faire. Cela a ainsi permis d'améliorer la représentation de la Chine de 1,02 point, à 4 %. D'autre part, les droits de vote de base des pays les plus pauvres seront triplés. Si elle est acceptée le 28 avril, comme c'est vraisemblable, par 85 % des voix, cette réforme déplacera 2,7 points de quotas des pays riches vers les pays pauvres. Le total des voix de ceux-ci passera à 42,1 % et celles des pays riches à 57,9 %. "Sachant que le bon équilibre tourne autour de 50/50, commente Dominique Strauss-Kahn, le président du FMI, nous aurons fait les deux tiers du chemin, car la formule permettra d'actualiser tous les cinq ans la représentativité des uns et des autres." Ce "premier pas dans la bonne direction", selon ses partisans, est considéré comme une mesure "cosmétique" par les ONG et ceux qui jugent que la réforme devrait être autrement ambitieuse pour donner une vraie voix aux pays en développement. "Nous pouvons difficilement parler de réforme, a résumé Elizabeth Stuart, porte-parole de l'ONG Oxfam International, quand 144 pays ne bénéficieront même pas d'une augmentation de leurs droits de vote de 1 %." D'autre part, le conseil d'administration du FMI a approuvé à l'unanimité l'assainissement de son budget dont le déficit menaçait de passer de 110 millions de dollars en 2007 (69,7 millions d'euros) à 400 millions de dollars en 2010. On saura, le 21 avril, s'il y aura parmi les 2 634 salariés du Fonds les 380 volontaires au départ requis, faute de quoi les licenciements seront "secs". Enfin, il est prévu de vendre 403,3 tonnes d'or sur les 3 217 tonnes du FMI. Cette mesure devra être votée par le Congrès américain, mais le lobby de l'or ne s'y opposera pas : ces cessions seront étalées dans le temps et prendront place dans les quotas des banques centrales. Le produit de cette vente, soit quelque 12 milliards de dollars, sera placé et rapporterait 300 millions chaque année. Il a été décidé que le FMI ferait payer ses expertises actuellement gratuites en matière de conseils douaniers ou budgétaires. Ses tarifs iront de la totale gratuité pour les pays pauvres jusqu'au juste prix pour les pays solvables. Ces réformes permettent-elles de dire que le FMI est "de retour sur la scène internationale", comme l'affirme son directeur général ? Pour cela, et comme le lui a demandé le Groupe des 24, il lui faudra "renforcer sa surveillance des économies avancées", puisque ce sont elles et non les pays pauvres qui ont provoqué la crise financière actuelle. Sermonner les Etats-Unis pour leur laxisme financier serait autrement révolutionnaire que de tancer l'Indonésie ou l'Argentine.