Un toit, des papiers, une école! 40 personnes, représentant une quinzaine de familles. Parmi elles, 27 enfants scolarisés. Des français, des tchétchènes, des algériens, des tunisiens, des cubains, des ex-yougoslaves... En commun : le destin d'exilés, le désir de vivre en sécurité, la capacité de s'intégrer vite et, pour les enfants, une soif d'apprendre qui les projette souvent en tête des classements. Et puis, il y a ceux qui, par bonheur, ont été régularisés ou des citoyens français à qui aucun toit n'est proposé. Sur les 97 personnes ou familles concernées l'hiver dernier à nice par le mouvement des "Don Quichotte", une soixantaine est toujours sans logement ! L'an dernier, la circulaire Sarkozy a régularisé plusieurs centaines de familles dans la même situation. Cette année, les mêmes, ou presque, apparaissent comme des délinquants à traquer. A leurs cotés, des familles de déboutés du droit d'asile se retrouvent à la rue, sous le coup de menace d'expulsion, après avoir pourtant été protégés plusieurs mois, voire un an ou deux par leur statut de demandeur d'asile. Tout comme les oubliés de la circulaire Sarkozy, ils n'ont pas changé, ils ne se sont rendus coupables de rien, ils ont juste perdu un peu d'espoir. Faut-il évoquer la situation de cette famille composée de deux femmes adultes et salariées accompagnées des trois fils de l'une d'elles. L'ainé des garçons entre en terminale S après avoir révisé les épreuves de première à la lumière de bougie dans un squatt sans eau, sans gaz, sans électricité. Et que dira-t-on à cette jeune collégienne, première de sa classe, malgré des problèmes de santé qui ont conduit sa maman à quitter une famille, une situation, des amis pour venir en France la soigner ? Que lui dira-t-on de ce pays qui, en effet, donne des soins et l'école tout en la menaçant d'explulsion ? Et que dit-on à toutes les personnes sans domicile à qui une solution avait été promise lors de la crise révélée par le mouvement des "Don Quichotte" ? Nous sommes des militants d’organisations membres du « Réseau Education Sans Frontières 06 » et du « Rêve de Don Quichotte ». Nous décidons de soutenir ces familles en leur procurant un lieu de vie acceptable. Il s’agit d’un immeuble inoccupé depuis un an et actuellement sans affectation immédiate. Enseignants, parents d’élèves, travailleurs sociaux, élus ou simples citoyens, nous avons tout tenté pour protéger des élèves contre l’insécurité que constitue pour leur scolarité la situation faite à leurs parents. Nous étendons notre soutien aux personnes privées d’un toit. Encore et toujours, nous réclamons : - l’examen diligent des demandes de logement urgentes formulées par les personnes privées d’un domicile, - le traitement des demandes de régularisation formulées par les personnes sans titre de séjour, en raison des engagements internationaux que la France a ratifiés, concernant les risques de traitement dégradant que ferait courir à beaucoup d'entre eux le retour au pays d'origine, - le respect de la vie privée et familiale, - la prise en compte de l'intérêt supérieur de l'enfant. Et nous demandons : - La reconnaissance par les pouvoirs publics de la volonté des résidents d'entretenir les lieux dans un état de propreté et de sécurité pour rendre possible la vie des familles et des nombreux enfants qui y résident, - la reconnaissance par les pouvoirs publics de l'absence de trouble à l'ordre public par le fait que cette occupation de locaux privés n'engendre aucun préjudice pour la population environnante. « La Maison Blanche » est un refuge pour abriter la vie personnelle et familiale, pour favoriser l’intégration et pour soutenir la scolarité. Elle sera aussi un lieu de vie associative. Dimanche : La journée a été longue mais après bien des peurs, nous sommes autorisés à rester. Nous avons pris un repas tous ensemble, aidé les enfants à faire leur devoirs comme une grande famille. L'association St Jean Baptiste, propriétaire du batiment, après bien des discussions et sous surveillance discrète de la police, nous autorise à rester. Elle doit réunir un Conseil d'Administration extraordinaire pour statuer sur notre sort le lendemain. En fait, elle dépose plainte le jour même !! Mardi 16 h : les huissiers ont apporté des convocations au TGI de Nice pour audience le mercredi matin à 9h. Mercredi : Au TGI, les avocats des familles ont demandé le renvoi, qui a été accordé - L'audience est reportée au jeudi 11 à 17 heures. Le soir, la police municipale se rend à la Maison Blanche pour y apporter un arrêté d'expulsion émanant du maire qui avait fait diligenter dans l'après-midi une commission d'inspection de la sécurité du bâtiment. Vendredi 12 octobre : Le Tribunal ayant statué sur l'ordonnance d’expulsion pour les occupants de la Maison Blanche, la Préfecture propose une négociation. Eric DJAMARKORZIAN, sous-Préfet, est venu sur les lieux avec les services de la DDAS, du bureau de l'admission au séjour, des associations en charge du logement, et du service logement du Conseil General pour apporter des solutions. Au terme dune discussion qui fut longue, des solutions sont été proposées et mises en place. Tout le monde (40 adultes et enfants) est relogé dans des hôtels du centre ville dans l'attente d’un suivi personnalisé en vue d’un relogement pérenne. La Préfecture a diligenté des véhicules pour acheminer les familles et leurs bagages vers les lieux d'habitation. Départ émouvant mais avec la promesse de se revoir et de suivre les actions de relogement. A 21 heures, la maison Blanche avait replonge dans l'inutilité. Pour les 8 familles en situation irrégulière que nous suivons depuis des années, des rendez-vous ont été pris mercredi toute la journée avec le service de l'admission au séjour pour examiner leur situation. Pendant ce temps, Eric Ciotti, le député de la circonscription qui n'est jamais venu sur les lieux, a fait distribuer un tract dans les boites aux lettres du quartier. Il affirme " qu'il avait tenu a dénoncer avec force cette occupation illicite qui utilise la détresse humaine à des fins politiciennes en faisant peser de très lourds risques sur la sécurité des personnes" et qu'il avait demandé au préfet de procéder immédiatement à l'expulsion des étrangers en situation . Plus aucune nouvelle par contre de M. Sankale, évêque de Nice, qui avait pourtant annoncé qu'il apporterait son soutien aux familles. PETITION_MBS - Livre__blanc - Reponse_PREFET__06