Il n'était pas encore question de Panthéon pendant la préparation de ce dossier, mais déjà, l'universitaire Jeanyves Guérin, sous la direction duquel vient d'être publié un remarquable « Dictionnaire Albert Camus », avait mis en garde contre toutes les récupérations qui menacent l'héritage littéraire et intellectuel de ce franc-tireur : « Celle de Camus par Sarkozy est idiote et scandaleuse. La politique sarkozyste est anti-camusienne au possible, du bouclier fiscal aux copinages du Fouquet's, en passant par la fréquentation de tous les tyrans de la planète. Camus, qui n'a jamais appelé à voter que pour Mendès-France, n'aimait pas fréquenter les hommes politiques, qu'il considérait comme "des hommes sans idéal et sans grandeur" : "Combat" ne leur a jamais donné une tribune, et lui-même a refusé de déjeuner à l'Elysée avec de Gaulle. Comment y serait-il allé pour rencontrer Nicolas Sarkozy ?» Reste heureusement le football, ce trait d'union essentiel entre le président de la République et l'auteur de « l'Etranger » : « Ce que je sais de la morale, disait modestement Camus, c'est au football que je le dois » ; après avoir assisté mercredi soir au coup de main de Thierry Henry, Nicolas Sarkozy a eu cette belle formule : « l'essentiel est de s'être qualifié ».