Nomade et farouchement indépendant, ce pianiste polonais conjugue la beauté du geste et un idéal d'absolu. Loin du grand “cirque” de la musique classique. Parents polonais et hongrois, études à Varsovie, Strasbourg et aux Etats-Unis, un pied-à-terre à Paris, l'autre à Lisbonne, Piotr Anderszewski est bien ce Voyageur intranquille que les spectateurs ont découvert sur Arte, le 15 juin, dans le très beau film de Bruno Monsaingeon. En concert, il faut voir ce pianiste revenir de loin, revenir parmi nous après que la dernière note se soit éteinte, groggy. « Drogué », rit-il. Comme nous à son écoute, l'âme prise dans une ivresse capiteuse dont l'opulence sonore ne sacrifie jamais la clarté d'articulation, le chant.