Nicolas Sarkozy est grossier, Ségolène Royal est nulle : on voit bien ce qui permet au système des «confidentiels» de perdurer. Le confidentiel va dans le sens de l’idée reçue : il est donc présumé exact. Pas besoin de vérifier, de recouper, puisque, voyons, tout le monde le sait ! Les confidentiels non signés sont vieux comme la presse. Sans doute y en a-t-il moins aujourd’hui qu’hier. Ils permettent de publier à peu près tout ce qu’on veut, dans une impunité quasi-totale. Ils sont bien pratiques. Ils permettent aussi de faire plaisir en peu de lignes, de renvoyer des ascenseurs, de tacler sans risque de représailles. Mais le système ne peut fonctionner que dans la complicité générale. Qu’un journaliste signant de son nom (comme Jean Quatremer) brise la sacro-sainte confraternité, et le système s’écroule. Les deux fois, la fausse nouvelle aura été imprimée sur support papier, et le démenti aura été apporté par des médias électroniques (sites ou blogs). A l’ère de l’internaute-roi, le hautain refus de rectifier apparaît comme un archaïsme indéfendable. La presse traditionnelle creuse parfois sa tombe avec une grosse pelle (fausse mort de Pascal Sevran, fausses photos d’Hiroshima, dont il était question dans cette chronique la semaine dernière). Mais elle le fait aussi, jour après jour, tranquillement, avec une petite cuiller.