notre contact avec la réalité passe de plus en plus par l’intermédiaire de spectacles ou représentations produits industriellement. Ce que nous savons du monde, et même ce que nous en rêvons, a été fabriqué délibérément par autrui. Ne serait-ce que par leur façon de structurer notre vie et notre contact avec la réalité, les médias ont déjà gagné la bataille de l’influence. (...) Une très grande partie du contenu des médias est formaté pour les médias. D’une conférence de presse à un attentat (qui est après tout un spectacle scénarisé), d’une manifestation qui cherche plus à attirer l’attention des caméras que des passants au « look » et au discours d’un homme politique conseillé par ses spécialistes du marketing politique. Ce que nous voyons et entendons a été pour une très large part pensé en vue d’un effet sur le public. Les producteurs d’événements deviennent des producteurs de spectacles. Ils tentent d’imposer un impact et une interprétation de leurs actes et des leurs déclarations. À cette intentionnalité s’en ajoute une seconde, celle du journaliste qui construit l’événement par un découpage, un commentaire, un contexte, une hiérarchie. Un troisième filtre, celui du récepteur avec ses propres attentes, préjugés, stéréotypes, mais aussi avec son esprit critique et une certaine imprévisibilité parachèvera le processus.